Vous avez passé un samedi entier à choisir votre gris. Le bon, le vrai, celui qui allait tout changer. Vous l’avez validé près de la fenêtre, en pleine lumière, avec la certitude tranquille de quelqu’un qui a bien fait son travail. Et puis le soir, vous allumez le salon… et votre gris est devenu parme !!! À qui ce n’est pas arrivé ???
Rassurez-vous, ce n’est ni vous, ni le peintre, ni la peinture. C’est un phénomène qui a un nom, un vrai, un compliqué : le métamérisme. Et je vous avoue quelque chose… je suis coloriste depuis vingt ans, je vois ce phénomène sur tous mes chantiers, et le mot, je l’ai appris très tard. Comme quoi, on peut connaître quelque chose par cœur sans savoir comment ça s’appelle !
Vous hésitez encore sur votre couleur ?
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Le métamérisme, c’est quoi au juste ?
Deux teintes qui paraissent identiques sous une lumière, et qui deviennent complètement différentes sous une autre. Voilà, c’est tout. Mais derrière cette définition toute simple, il y a une idée qui change tout quand on choisit une couleur :
Une couleur, ce n’est pas une matière. C’est une rencontre entre un pigment et une lumière.
Vous changez la lumière, vous changez la couleur. Le pigment, lui, n’a pas bougé d’un millimètre. Votre teinte n’a donc pas un visage, elle en a plusieurs… et le jour où vous avez choisi, vous n’en avez vu qu’un. Le plus flatteur, évidemment, hihi.

Les trois coupables qui font changer votre couleur de visage
Il y en a trois, et le dernier est celui auquel personne ne pense.
L’orientation, d’abord. Une pièce au nord reçoit une lumière froide, qui refroidit encore vos gris et vos bleus. Une pièce au sud reçoit une lumière chaude, qui réchauffe tout et qui écrase les nuances les plus fines. Le même pot, deux pièces, deux couleurs !
L’heure, ensuite. Votre pièce ne vous montre pas la même chose à neuf heures, à quinze heures et à vingt heures. Elle change d’avis toute la journée, un peu comme nous…
Et vos ampoules ! Alors là, on tient le grand coupable. Une ampoule à 2 700 kelvins, la lumière chaude et dorée que nous avons presque tous à la maison, pousse les jaunes et les rouges et éteint les bleus et les verts. Une ampoule à 4 000 kelvins donne une lumière neutre, beaucoup plus fidèle. Regardez aussi l’IRC sur la boîte, l’indice de rendu des couleurs : en dessous de 90, vos couleurs seront ternes, et vous aurez beau chercher, ce ne sera pas la faute de la peinture !!

Comment choisir une couleur sans se faire avoir par la lumière
La méthode tient en une phrase : ne décidez jamais sur un petit échantillon, et surtout pas en magasin. Le nuancier sous les néons du rayon peinture, c’est le meilleur moyen de rentrer chez soi avec une surprise.
Voici comment je fais avec mes clients :
- Prenez un médium d’environ 60 sur 60 (une planche, un carton fort) et appliquez vraiment deux couches. Une seule ne suffit pas, elle ment.
- Promenez-le ! Contre le mur le plus clair, contre le plus sombre, près de la fenêtre, dans le coin de la pièce.
- Regardez-le le matin, l’après-midi, et le soir toutes lampes allumées. Oui, toutes.
- Si vous hésitez encore, faites le test sous deux ampoules, une blanche et une jaune. En trois secondes, vous voyez de vos yeux ce que dix minutes d’explications ne vous feraient pas imaginer.
Oui, ça vous coûte un litre. Je le dis souvent à mes clients : mieux vaut perdre cinquante euros dans un litre d’essai que d’avoir tout peint et de s’en rendre compte après. Il n’y a pas besoin d’avoir fait maths sup pour voir que la deuxième option n’est pas la plus rentable !

Le gris qui « faisait parme » : une histoire vraie
Une cliente très pressée. Elle veut aller vite, et surtout, elle ne veut pas m’écouter. Je lui explique, plusieurs fois, que son gris va tirer sur le violine le soir. Elle est sûre d’elle, elle a vu l’échantillon. Bon. On signe le bon de choix, et en face de la référence, je note comme toujours la subtilité de la teinte : « subtilité de violine ».
Avec mon entreprise Réginéa Peinture et Rénovation, nous lui appliquons la couleur. Le lendemain matin, le téléphone sonne. Catastrophe !! « Ça fait parme, ce n’est pas du tout ce que je voulais, moi je voulais un gris. »
C’était bien un gris. Il avait juste une subtilité… celle que je lui avais annoncée trois fois. Je lui ai rappelé gentiment, et je lui ai renvoyé son bon de choix, celui qu’elle avait signé. Elle a fini par le reconnaître, et on en rit aujourd’hui. Enfin, surtout moi, hihi.
Et si c’est vous qui accompagnez les autres ?
Là, c’est votre métier qui commence. Vos clients voudront valider en une seule visite, parce qu’ils sont pressés (ils le sont toujours). Ne les laissez pas faire !
Montrez-leur la teinte sous deux ampoules, une blanche et une jaune. C’est ce que j’ai installé dans mon showroom, et franchement, rien ne marche mieux. Et faites valider par écrit : sur le bon de choix, en face de la référence, notez la subtilité de la teinte. Ce n’est pas de la paperasse. C’est du conseil, et le jour où ça se discute, c’est aussi votre preuve.
Parce que je vais être franche avec vous : sur une couleur, entre le client et nous, ce n’est pas le client qui sait. Ce n’est pas de la prétention de le dire, c’est même exactement la raison pour laquelle on nous appelle ! Le mot du métier, d’ailleurs, c’est le sachant. Celui qui sait. Et quand on est le sachant, on ne se contente pas d’exécuter : on conseille, on montre, et on le prouve.
Le vrai travail n’est pas de connaître la couleur. Le vrai travail, c’est de la faire entendre à quelqu’un qui est persuadé du contraire, et de le faire avec douceur, parce que personne n’aime s’entendre dire qu’il se trompe.
Ce que je vous souhaite de retenir
Votre client (ou vous-même !) ne voit qu’une lumière, celle du jour où il décide. Il ne voit pas les autres, et ce n’est pas un manque de goût : il n’a simplement aucune raison d’y penser. Accompagner, c’est montrer à l’autre les visages qu’il ne voit pas encore, tant que ça ne lui coûte rien. Et garder une trace de ce qu’on lui a dit.
Ça vaut pour une couleur. Ça vaut aussi pour à peu près toutes les décisions que l’on prend avec une seule information en main… mais ça, c’est un autre article 😉
Vous avez une question, n’hésitez pas ! Je vous souhaite de beaux intérieurs, et surtout des couleurs qui vous ressemblent, le matin comme le soir.
Myriam Blin, artisane du bonheur dans la maison
Et pour ne pas vous tromper de gris (ni de beige, ni de bleu) ?
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Cet article est né d’une de mes lettres. Chaque semaine, j’en écris deux : la décoration et la couleur le mardi, le métier et la posture le jeudi. Courtes, écrites par moi, sans promotion.
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